dimanche 21 mars 2010

Blow Up

Antonioni est un cinéaste que je connais assez peu, mais je sais qu’il est pour le moins surprenant quand il s’y met. Blow Up, par exemple, sans doute son film le plus célèbre, est ainsi un film qui va à l’encontre de chaque attente du spectateur.

Le film commence par un montage alterné : d’une part, une bande de jeunes déguisés en mime parcourent Londres en hurlant de joie, véritables symboles du Swinging London des années 60 qu’ils sont ; d’autre part, le personnage principal sort d’un asile de nuit, mal rasé, mal habillé, avec un sac en papier sous le bras. Le cinéaste prend donc clairement parti dès le début du film, soulignant qu’il ne représentera pas une Londres pleine de vie et de bonheur mais la vraie Londres, avec son lot de misère et de malheur. Il s’agit bien d’un montage alterné puisque Thomas, le héros du film, croisera la route des mimes en rentrant chez lui.

Il a beaucoup été question, et cela me semble logique, que le film soit une réflexion sur l’image. Alors, certes, l’image en tant que telle est bien évidemment le centre d’intérêt : Thomas est quelqu’un qui capture la vie, la transforme en image fixe et c’est justement l’une de ces captures qui va bouleverser sa vie. Mais un élément hors image est bien plus intéressants à observer : le hors-champ. L’anecdote veut qu’Antonioni avait prévu de tourner la scène du meurtre en dernier, afin d’obtenir une rallonge de budget (comment un producteur pouvait-il refuser une rallonge concernant la scène-clé du film ?). Cette vieille technique n’a hélas (ou tant mieux) pas marché avec Carlo Ponti, et Antonioni a donc du se passer de la scène. Cet imprévu contribue néanmoins à rendre le film plus mystérieux encore : l’homme a-t-il vraiment été tué ? Si oui, comment, d’autant qu’aucune tache de sang ne se trouve dans le parc ? Si non, n’est-ce pas simplement une mort naturelle, comme une crise cardiaque ? Ou plus loin encore, n’est-ce pas le fruit de l’imagination de Thomas, qui s’inventerait des histoires pour échapper à ce quotidien qui l’ennuie tant ? Le hors-champ est ici absolu dans la mesure où on ne voit jamais le meurtre.

Après, la lente descente aux enfers du personnage principal, sombrant dans une forme de folie (ce qui semble être récurrent chez Antonioni si je me fie à Profession reporter comme comparaison), est toutefois un peu longuette et opaque, et ce n’est pas l’absence totale de charisme de David Hemmings qui aide le film à passer plus vite.

Bien dommage car, somme toute, Blow Up est une réflexion passionnante sur la question de l’image et, par le biais du photographe, de la position de cinéaste dans un monde dominé par l’image justement.

Note : ***

3 Comments:

dasola said...

Bonjour Bastien, j'ai du mal à parler de ce film, vu il y a longtemps (à la télé). J'ai un peu de mal avec Antonioni, c'est trop cérébral pour moi. C'est certainement du "vrai" cinéma au sens de l'image et du son mais aussi avec peu de dialogues. C'est un film sensoriel, un peu long. C'est peut-être le plus accessible du réalisateur italien. Bon dimanche.

neil said...

J'avais été pour ma part subjugué par le film. Je m'étais laissé entraîner dans cette pseudo intrigue policière tout en essayant de décoder les messages derrières les images. Il y a beaucoup de choses à analyser dedans, je le reverrais bien. Rien que pour Vanessa Redgrave, que je trouve magnifique dedans.

Tietie007 said...

Mystérieux et envoûtant ...