samedi 29 juillet 2006
Phantom of the Paradise
Brian de Palma, c’est aussi le roi du « pastiche », n’hésitant pas à s’inspirer directement (quand il ne remake pas carrément) de ses modèles pour construire un film, tout en oubliant pas d’y apporter sa touche personnelle. Ainsi, comment oublier Scarface, Les Incorruptibles (avec sa séquence digne du Cuirassé Potemkine), Mission : Impossible, Obsession (qui s’inspire de Vertigo), Pulsions lorgnant du côté de chez Psychose, Blow Out adaptant Blow Up au monde du ciné, Body Double qui s’inscrit dans le sillon de Fenêtre sur cour… Bref, que du lourd. Et pour son huitième film (déjà), De Palma s’attaque au mythe du Fantôme de l’opéra, teinté de Faust et avec cette éternelle ombre d’Hitchcock planant tout le long du film (à l’instar de cette scène, jubilatoire, parodiant la scène de la douche de Psychose).
Et déjà, De Palma affiche une rigueur et une technique irréprochable. Un exemple marquant reste cette scène de la répétition, filmée en split-screen, où Winslow Leach pose une bombe dans un accessoire que l’on emmène sur scène, sous les yeux du propriétaire du Paradise… Entres effets de montage (surimpressions notamment), mouvements de caméra ou techniques particulières, De Palma prouve qu’il a du talent à revendre. Il possède même l’humour noir qui permet au film de ne pas sombrer dans le grand n’importe quoi en offrant par exemple le rôle du magnat musical fou au compositeur du film, Paul Williams…
Des acteurs très à l’aise dans leurs personnages d’ailleurs, avec mention à Paul Williams justement, qui joue les diables blonds avec une conviction sans faille. De leurs côtés, Jessica Harper chante bien, William Finley joue les psychotiques à merveille tandis que George Memmoli est idéal en producteur avide et Gerrit Graham se déchaîne. Car oui, j’oubliais de le préciser, De Palma est également un excellent directeur d’acteur…
Evidemment, on ne peut parler de Phantom of the Paradise sans parler de sa b.o., typique des années 70 mais qui, avec le recul, donne au film une nouvelle dimension kitsch, qui permet à l’œuvre de mieux vieillir encore. Entre le rockabilly et la pop, le métal et l’opéra, tous les genres sont mélangés pour créer une bande son aussi décalée que l’ensemble du film.
Grand Prix au Festival d’Avoriaz 1975, le film ne pêche vraiment que par son final, un peu foutraque, où l’on a l’impression d’assister à quelque chose qui n’a rien à voir avec l’ensemble de l’œuvre. Mais tant pis, car pendant 1h30 on a passé un moment… d’enfer.
Note : ****
Publié par Bastien à 16:27 0 commentaires
Libellés : ****, Années 1970, De Palma Brian
This is Spinal Tap
Pourquoi inverser les tendances ? Tout simplement parce que le groupe s’est formé APRES le film, et non pas avant. En effet, Spinal Tap n’est pas un « rockumentaire » mais bien un « documenteur ». Le groupe, fictif, a été formé pour le besoin du film, et a poussé le vice jusqu’à signer la b.o. Vu le succès du film, l’équipe fut obligée de reformer le faux groupe pour enregistrer un vrai album… Heureusement que tous les comédiens étaient de véritables musiciens !
Enfin, menteur, façon de parler, puisque nombre d’éléments du film sont inspirés de faits réels : le musicien étouffé dans son vomi, c’est arrivé au chanteur d’AC/DC ; le batteur qui explose en plein solo, c’est arrivé aux Scorpions ; le guitariste blond qui succombe à l’influence de sa copine… c’est arrivé aux Status Quo ; la scène introuvable dans le labyrinthe des couloirs… c’est arrivé aux Led Zeppelin ! Etc.
Il est quand même étonnant de voir ces comédiens amateurs s’en sortir aussi bien. Pour des gens qui n’ont pas spécialement d’expérience cinématographique, il s’e sortent très bien, mais peut-être est-ce dû au fait qu’ils ont écrit le scénario avec le réalisateur Rob Reiner.
En effet, il s’agit ici du premier film de Rob Reiner, futur réalisateur de Quand Harry rencontre Sally, qui prouve qu’il possède plus qu’un don pour la comédie. Arrosé de vitriol, son scénario n’en contient pas moins une certaine tendresse envers le rock, envers ce groupe sur le déclin ou, plutôt, décliné depuis longtemps au passé… Si son style faux documentaire ne fait pas long feu (avec des gens comme Patrick MacNee (ex-star de Chapeau melon et bottes de cuir) comme producteur musical, difficile d’y croire), l’ensemble reste cohérent, parodie clairement affichée mais sans être méchante.
D’un point de vue musical, le film n’est pas triste, les différents morceaux s’inspirant précisément des groupes que le film parodie : Led Zep’, AC/DC, Scorpions… Ce ne sont que des copies mais bigrement réussies, séparant chaque scène comme s’il s’agissaient de sketches.
Une œuvre fraîche et amusante, où l’on ri de bon cœur tout en s’en mettant plein les oreilles. Ca se veut de l’esprit Monty Python, s’en est pas très loin. Rob Reiner, roi de la comédie ? Absolument.
Note : ****
Publié par Bastien à 15:47 0 commentaires
Libellés : ****, Années 1980, Reiner Rob
Cars
Réalisé par John Lasseter, présent depuis le début des studios et ayant à chaque fois participé aux films sortis, Cars donne rapidement le ton : le film est un vent de fraîcheur comme on aimerait en avoir bien souvent. La réalisation est impeccable : Lasseter réussit en effet à donner à son film des effets saisissants, comme lors des courses sur le circuit : c’est simple, on a l’impression d’assister à une vraie course ! Mais le plus beau reste à venir : le ray tracing. Qu’est-ce ? Il s’agit d’une technique permettant aux voitures de refléter leur environnement de manière réaliste, ce qui implique que la voiture devient une vraie voiture ! Un travail qui paraît insignifiant mais qui s’avère colossal, la complexité des calculs étant impressionnante. De ce point de vue, Cars laisse loin dans le rétro ses opposants : sa réalisation est irréprochable.
Hélas, on ne peut pas en dire autant de son scénario. Si on en arrivait à s’éloigner du gnan-gnan avec Les Indestructibles, on retombe dedans à vitesse grand V ici. D’une banalité sans nom, le scénario ne possède rien de bien original, pire il en est rapidement réduit à quelques situations cocasses, tout au plus. A peine 3 ou 4 répliques qui font mouches, et encore trop subtiles pour les enfants, lesquels seront vite blasés des gags à répétitions. Pire encore, on échappe plus cette fois au manichéisme et au côté moralisateur de Disney ; on croyait Pixar libéré de son emprise, que nenni. Y a le méchant vraiment méchant, l’antipathique finalement gentil, le héros qui va prendre conscience des valeurs comme l’amitié, l’amour… Ca sent la guimauve à plein nez, et cela ne s’arrête jamais. On apprend que c’est pas bien de tricher pour gagner, que l’important n’est pas de gagner mais de participer, que les amis comptent plus que tout… Pitié. Et cela en devient à ce point agaçant que le film perd de sa saveur. On en finit par oublier la beauté visuelle du film pour n’en retenir que sa morale à deux balles et la tentative de glisser un message métaphorique : la civilisation détruit plus qu’elle n’aide. Paradoxal pour un genre qui a supplanté la 2D…
Un film qui mitige donc, aussi beau que vide. En espérant que Pixar se ressaisisse rapidement, car leur potentiel est loin d’être pleinement exploité…
Note : **
Publié par Bastien à 15:45 0 commentaires
Libellés : **, Animation, Années 2000, Pixar
La liste noire (Guilty by suspicion)
Qu’est-ce que le maccarthysme ? C’est très simple : dans les années 50, les USA « subissaient » la « menace » du bloc communiste, qui s’installait un peu partout : Guerre Froide, Mao Tsé-Tung au pouvoir, début de la Guerre de Corée… Bref, les USA avaient peur, et c’est pourquoi le sénateur Joseph McCarthy a jugé bon de « traquer » les communistes et leurs idées perverses sur le territoire américain. Rapidement, le monde du cinéma fut mis à l’épreuve, avec une liste de supposé communistes (contenant entre autres les noms de Sterling Hayden, Joseph Losey, Arthur Miller, Robert Rossen, Charles Chaplin…) et la fameuse liste des « 10 d’Hollywood » dont faisait partie Dalton Trumbo. Sous la contrainte, et pour ne pas se voir refuser l’accès à la profession, certains artistes donnèrent des noms de personnes adhérant à l’idéologie communiste. Le cas le plus célèbre reste Elia Kazan, dénigré dès cet instant dans tout le monde du cinéma (ce qui le poussa à réaliser Sur les quais, comme pour justifier son acte…). Le maccarthysme prit fin vers 1954, après la chute du pouvoir de McCarthy, qui mourut alcoolique en 1957. On estime à plusieurs milliers de personnes qui ont vu leurs vies détruites à cause de cette « chasse aux sorcières ».
C’est cette période sombre que décrit La liste noire, dont le titre original Guilty by suspicion est beaucoup plus équivoque. Comment, par simples pressions morales, la carrière et même la vie d’un brillant cinéaste fut détruite pour finalement peu de choses. Si les noms sont fictifs, il n’est pas bien difficile de faire des rapprochements avec la réalité : Chris Cooper joue le rôle d’un cinéaste qui balance ses amis (Elia Kazan ?) tandis que De Niro joue un cinéaste pour qui son art est tout, et qui finalement s’exilera en Europe (Chaplin ?).
Irwin Winkler, producteur averti, signe là son premier film en tant que réalisateur. Si le rendu de l’époque est génial (on sent pleinement la paranoïa qui règne partout), on regrettera quelques faiblesses narratives, comme l’apitoiement du meilleur ami de De Niro quand il vient lui demander pardon car il veut le donner aux juges… Heureusement, dans l’ensemble le film tient la route et ne sombre pas trop dans les stéréotypes. Il y a même des détails amusants, comme de revoir le tournage d’un western qui s’apparente au Train sifflera trois fois, œuvre dénonçant volontiers le maccarthysme…
Evidemment, c’est la prestation de De Niro qui domine le film, dont les moments de doutes sont très bien rendus. Sans en faire de trop, De Niro colle à l’esprit torturé de son personnage, vit ses doutes, ses craintes et ses coups durs. Lui qui avait déjà côtoyé l’univers d’Hollywood des années 50 avec Le dernier nabab retrouve rapidement ses marques et écrase ses partenaires, que ce soit Chris Cooper, Annette Bening ou Georges Wendt… A noter les apparitions rapides de Martin Scorsese en… cinéaste et Tom Sizemore.
Un film certes un peu faible niveau scénario, ainsi que dans la mise en scène, mais dont le sujet mérite qu’on ne l’oublie pas, histoire de ne pas répéter les mêmes erreurs. Enfin, si c’est possible…
Note : ***
Publié par Bastien à 11:02 0 commentaires
Libellés : ***, Années 1990
La grande bouffe
Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce film, de décadence : 4 amis, tous issus de milieux différents (comme pour saisir toutes les nuances qu’il peut exister dans la société), s’offrent un week-end pour mourir. Il faut mourir le ventre plein, la libido assouvie, mourir comme on l’a décidé. Cette volonté d’aller à la rencontre de sa propre fin (à l’encontre de sa propre faim ?) relève de la philosophie, d’une volonté de dominer sa Destinée.
La grande bouffe est une analyse, à l’aide d’un scalpel rouillé comme pour laisser des marques, d’une société en perdition. On gaspille la nourriture alors que le Tiers-monde meurt de faim, on ne songe qu’à forniquer sans se soucier de ce que cela engendre au niveau des émotions, on ri de gags scatos, on ne pense qu’à soi-même, on veut tout dominer mais, face à l’adversité, on se rétracte. Ferreri souligne nos imperfections au feutre rouge, rouge comme le vin, rouge comme le sang du cochon, rouge comme le symbole de l’amour et du sexe…
Pour participer à cette orgie funeste, Ferreri convoque des légendes : Philippe Noiret, Michel Piccoli, Ugo Tognazzi et Marcello Mastroianni. Autant de grands noms qui, l’espace d’un film pour leur ami commun, se laissent emporter par leurs pulsions, leurs inspirations. Car Ferreri leur donne une liberté de ton exceptionnelle, non seulement dans l’improvisation mais aussi dans l’exagération. Cela s’avère déstabilisant de prime abord mais, au final, c’est bien dans l’esprit du film. Il convient alors d’applaudir Noiret et surtout Tognazzi, immense, tandis que Piccoli et Mastroianni cabotinent de temps à autres. A ce quatuor désormais entré dans la légende il faut ajouter Andréa Ferréol, dernier modèle de civilisation qui sombrera dans la même décadence que nos compères. Comme si, inéluctablement, l’Homme était condamné à subir l’influence néfaste de ses semblables et ainsi courir à sa perte…
En dépit des apparences, La grande bouffe n’est pas seulement un pamphlet à l’égard des hommes ; c’est aussi une mise en garde, pour que tout cela ne soit qu’un film, et un immense appel à l’amour de la part de Ferreri. Celui qui riait des insultes criées à Cannes n’a jamais caché s’être reconnu dans le personnage de Noiret, le plus mélancolique de tous et, surtout, le plus écorché. Le film choque mais le film est émouvant. Comme dirait Piccoli pour décrire l’œuvre : « Un cri désespérant de tendresse, possible ou impossible. »
Il n’y a rien d’étonnant à ce que le film fut hué à sa sortie ; il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il soit devenu l’objet d’un culte de nos jours ; il n’y aurait rien d’étonnant si, au vu de son sujet, on en parle encore dans 100 ans…
Note : ****
Publié par Bastien à 10:55 0 commentaires
Libellés : ****, Années 1970
lundi 24 juillet 2006
Viens chez moi, j'habite chez une copine
Le plus gros problème sans doute réside dans la conception même du film. Un bon film est celui qui est écrit AVANT le choix des acteurs. L’ennui ici, c’est que l’on sent le film écrit pour (et par) Michel Blanc, avec son opposé comme partenaire : Bernard Giraudeau. Le coup du tandem improbable, on l’a vu mille fois, avec ses modèles du genre (Gérard Depardieu et Pierre Richard chez Veber, Michel Blanc et Gérard Lanvin dans Marche à l’ombre). Ici, il est vrai qu’il fonctionne assez bien, mais il n’est pas aussi marquant que les précités.
Puis, soyons honnêtes, Patrice Leconte n’est pas spécialement le roi des comédies. Il sait choisir ses collaborateurs, il sait les filmer convenablement, point barre. On ne lui en veut pas, ce n’es pas tout le monde qui a eu son flair pour le Splendid par exemple. Mais ses films traversent aussi difficilement les époques, le problème étant lié à un besoin viscéral de coller à la réalité de l’époque. Du coup, 20 ans après, ce n’est plus la même chose, exemple flagrant avec la b.o. signée Renaud, devenue culte il est vrai mais que l’on sent bien d’une autre génération…
Mais heureusement, Michel Blanc est là, avec sa gueule de loser, sa manière unique d’emmerder son monde. Plus d’une fois on se dit que le genre de situation qu’il provoque, on les a connues avec un son meilleur ami aussi. Son personnage de perdant opportuniste est le seul à ne pas changer à rester d’actualité car, au fond, on est tous un peu pareil. Ce n’est pas une analyse freudienne mais Blanc a réussi à cerner le type même du gars moyen.
Les gags s’enchaînent donc, un peu inégaux, mais drôles car sans arrière-pensées. Ce n’est pas Viens chez moi, j’habite chez une copine qui a révolutionné le genre c’est vrai, mais de temps à autre, ça fais bougrement du bien de rire sans réfléchir.
Note : **
Publié par Bastien à 10:59 0 commentaires
Libellés : **, Années 1980
13 tzameti
13 Tzameti fut annoncé comme une bombe : lauréat du Grand Prix du Jury dans la section Films de fiction à Sundance, Lion du futur à la Mostra de Venise, sitôt sorti et déjà racheté par Brad Pitt pour en faire un remake, bref la légende qui s’est formée autour de la réussite du film a été un fameux coup de pub. Si bien que l’on a envie de découvrir ce fameux chef-d’œuvre le plus tôt possible. Dès lors, quelque chose m’échappe : ou bien je suis passé à côté de quelque chose, ou bien mes goûts cinématographiques ne sont plus ce qu’ils étaient !
Saluons quand même les points positifs, à savoir la réalisation, la photo et l’idée principale.
Il serait malhonnête de dire que Gela Babluani a mal réalisé son film. C’est même le contraire : sa réalisation est, en elle-même, une jolie réussite. Ayant réussi à instaurer un climat inquiétant, froid comme la mort, l’auteur parvient à faire monter calmement l’angoisse, le stress de ce qui va arriver, jusqu’au point de non-retour, l’arrivée au château, et la découverte du jeu macabre qui s’y livre. Et si la direction d’acteur n’est pas toujours des meilleures, il faut dire que le choix des comédiens est plus que judicieux, la plupart ayant de vais « gueules » comme on dit, des visages qu’on oublie pas de sitôt.
Le noir et blanc qui illustre ce film est également un très bon choix, accentuant encore un peu plus cette idée de mort qui plane tout au long du film. Contrasté, il garde quand même les traces du film à petit budget, ce qui n’enlève rien à son charme.
L’idée même du jeu sadique est elle aussi une réussite : poussant le sadisme de plus en plus loin, cette idée de roulette russe à plusieurs est d’une intensité sans nom surtout lorsque le moment fatidique est là, à portée de milliseconde. Mais attention tout de même à l’interprétation.
Car au final, à force d’assiste à ce jeu malsain, on finit par y prendre plaisir, par attendre impatiemment de savoir qui sera l’adversaire final du héros (car il ne peut évidemment pas mourir…). Du coup, de simple spectateur on devient voyeur, proche de ceux des émissions de téléréalités, et la distanciation nécessaire pour apprécier le film se perd.
Quant au plus gros problème du film, ses longueurs, il réside dans une solution toute simple : 13 Tzameti ne devait être à la base qu’un moyen métrage de 40 minutes. Et cela se sent, cela se sent terriblement. La mise en place de l’histoire profile déjà 30 minutes sur les 90 au total. Quant au final, prévisible, il tire tout autant en longueur. Cela devient tellement agaçant qu’on ne prête même plus attention au comédien principal, frère du réalisateur et acteur bien loin d’être convaincant…
Un film qui marque les esprits, c’est vrai, mais peut-être pas de la manière qu’on le voudrait ; tandis que certains vont crier au génie, d’autres vont découvrir une arnaque sans nom. En moyen métrage, le film aurait été une bombe ; en long métrage, il s’agit d’un pétard mouillé.
Note : **
Publié par Bastien à 00:16 0 commentaires
Libellés : **, Années 2000
jeudi 20 juillet 2006
Bernie
Bernie vient de cette volonté de faire un film en marge du genre, une comédie acide sur fond de constat social déplorable. Acide oui, car ils sont nombreux les moments où l’on ri puis, l’instant d’après, on a du mal à avaler sa propre salive…
Dupontel est barje, qu’on se le dise, mais un barje modéré. Il a l’art de servir de la comédie morbide, mais de telle manière qu’on finit par l’accepter. Ainsi, quelques dialogues semblent crus (« quand j’aurai fini de t’enculer, on pourra voir le soleil se lever ! ») ou même agressifs (lorsque Bernie arrache la tête d’un oiseau avec ses dents, et dit en la mangeant : « ce qui est embêtant dans les oiseaux, c’est les becs ! ») mais dans le fond, c’est dans l’esprit du film, du 3918e degré, donc ça passe.
D’autant que Dupontel a une volonté de bien faire, de styliser sa mise en scène en la chargeant de symboles (la scène d’ouverture) ou de chercher des effets un peu inédits (la caméra pivotant rapidement sur elle-même, pour représenter le point de vue d’un gyrophare…). D’autant que le montage rapide permet au film de ne pas laisser le spectateur trop choqué par ce qu’il voit, en lui offrant une scène plus ou moins normale pour le remettre de ses émotions.
Il faut aussi admettre que Dupontel a su, pour son premier film aussi barré, s’offrir un casting des plus alléchants. Roland Blanche, Roland Bertin, Hélène Vincent, Paul le Person et Claude Perron sont les personnages de cette histoire de dingue, mais ils ne semblent aucunement dérangés par ça. Mieux encore, ils se laissent aller à leur pulsions, et offrent ainsi une dimension tragi-comique à leurs personnages qui se ressent à travers le film.
C’est quand même un peu dommage que le scénario soit plutôt léger d’ailleurs, même s’il permet certains niveaux de lecture, il n’en demeure pas moins basique. On en tient pas trop rigueur remarquez, le choc des images étant assez important pour nous faire oublier le manque d’originalité et de rigueur du script…
Un premier film qui ne ressemble à aucun autre, drôle et violent, qui ne laisse pas indifférent. Bernie choque, Bernie provoque, Bernie n’est pas à mettre dans toutes les mains, mais Bernie est personnel. N’est-ce pas le propre des grands artistes ?
Note : ***
Publié par Bastien à 11:03 0 commentaires
Libellés : ***, Années 1990
Marathon Man
Aux commandes, John Schlesinger, réalisateur britannique déjà impressionnant dans sa manière de traiter de l’amitié et du sexe dans Macadam cowboy. Il retrouve une foi de plus Dustin Hoffman donc pour dénoncer quelques trucs qui n tournent plus très rond au pays de l’Oncle Sam. Sa réalisation est efficace, bien qu’elle prend un peu de temps à tout mettre en place. Une fois tous les éléments en place, l’angoisse grimpe vitesse grand V. Le sommet du stress réside sans doute dans cette douloureuse scène de torture où Laurence Olivier arrache à vif les dents de Dustin Hoffman. Une scène qui choqua tellement lors des projections tests qu’elle du être écourtée…
Pour les amateurs, le choc Hoffman-Olivier constituera un morceau de choix : la vieille génération face aux acteurs de l’Actor’s studio. Anecdote : pour être au top de son jeu, Dustin Hoffman passa réellement des nuits blanches et courait vraiment plusieurs kilomètres pour être crédible. Lorsque Laurence Olivier apprit cela, il lui demanda : « Pourquoi ne pas tenter de jouer ? C’est bien plus simple ! ». Toujours est-il que chacun est vraiment bon dans son rôle, Hoffman jouant comme à son habitude les américains moyens pris malgré lui dans une histoire qu’il ne maîtrise pas ; Roy Scheider est plus que correct mais c’est surtout Laurence Olivier qui écrase tout et tout le monde, dans le rôle de cet ancien SS. Une scène troublante est d’ailleurs celle où le docteur Szell parcourt le quartier juif pour trouver acquéreur de ses diamants : Olivier démontre alors une angoisse profonde et maîtrisée, qui atteint son sommet lorsqu’il est reconnu par d’anciennes victimes.
Si Marathon Man est un thriller efficace, il n’en reste pas moins une réflexion sur la société contemporaine, constamment sous pression par le gouvernement. Qui est juste et qui est mauvais, impossible à dire. C’est sans doute pour cela que l’ombre du maccarthysme plan tout au long du film, à travers la mort du père du héros. On décide de s’attaquer aux petits communistes alors qu’on laisse les grands en paix, un peu comme on s’acharna sur de petits officiers nazis au profit des chefs qui trouvèrent facilement refuge en Amérique Latine pour la plupart…
Un thriller maîtrisé donc, qui laisse un temps de répit de prime abord pour pouvoir se lancer pleinement dans un marathon contre la mort. Implacable et impeccable.
Note : ***
Publié par Bastien à 10:56 0 commentaires
Libellés : ***, Années 1970
dimanche 16 juillet 2006
La Cible (The Target)
Fin des années 60, un jeune cadre, évoluant dans un climat serein et normal, se découvre un penchant de plus en plus grand pour les armes, et se voit pris d’une irrésistible envie de tuer à tout va. Pendant ce temps, un ancien acteur de film d’horreur décide de tirer sa révérence…
Pour son premier film, Bogdanovich ne dispose pas de beaucoup de moyen. Néanmoins, il parvient à obtenir Boris Karloff ce qui, en plus de lui assurer un petit succès, offre à son récit une dimension unique, comme un écho à la réalité. Pour preuve, Bogdanovich joue lui-même le rôle d’un cinéaste… Il n’empêche, le manque d’argent se fait hélas ressentir sur le film, qui s’il y gagne en efficacité perd un peu par la récurrence des plans similaires et des décors limités. On en tiendra pas rigueur évidemment, mais cela fait prendre au film un léger coup de vieux…
Coup de vieux que le scénario ne subit pas. Heureusement d’ailleurs, vu son sujet : ce n’est pas tant les pulsions meurtrières d’un individu et la tension de savoir si l’acteur succombera ou non qui importe, c’est le regard que lance Bogdanovich sur la société moderne. De manière implicite, Bogdanovich prouve que de nos jours, ce ne sont plus les vampires et autres créatures qui effraient les gens, mais leurs voisins. Pourquoi avoir peur d’un loup-garou alors que son propre fils peut s’avérer un meurtrier en puissance ? Bogdanovich démontre la fin d’une époque, de toute une génération qui pouvait se balader tranquillement en rue, qui criait à la vue d’un Frankenstein ou d’une Momie ; dorénavant, plus rien ne les effraie, si ce n’est les faits divers. Un hasard si l’époque du film coïncide avec l’abolition du code Hays, de la censure et par-là même un changement de ce qui choque ou non ? Pas sûr…
Dans son propre rôle, Karloff est impressionnant, acteur fatigué, usé par des années de métier mais dont, au final, personne ne se souvient. On ne peut hélas pas en dire autant de Tim O’Kelly, qui en fait parfois un peu trop pour rendre son personnage de cadre moyen taré crédible.
Dommage donc que le film n’ait pas eu un budget plus confortable, ce qui aurait amélioré probablement l’ensemble du film et surtout permis de trouver des acteurs plus audacieux, plus expérimentés pour accompagner Karloff. On est dans un film influencé Roger Corman, et ça se sent. Mais bon, dans le fond on s’en fiche alors autant savourer le film.
Note : ***
Publié par Bastien à 23:53 0 commentaires
Libellés : ***, Années 1960, Bogdanovich Peter









